• SACERDOCE ET ALCHIMIE

    SACERDOCE ET ALCHIMIE

    Le sacerdoce. A son propos se glisse un certain nombre de malentendus inhérents, bien souvent, à des croyances inculquées dès notre plus jeune âge. La plus importante étant celle de s’imaginer que l’Église et le sacerdoce sont une seule et même chose, ce qui n’est absolument pas le cas.

    Les hiérarchies dans l’Eglise.

    L’Église a toujours établie une distinction entre deux hiérarchies : celle de l’Ordre (issue des étapes du sacerdoce) comme sous diacre, diacre, prêtre et évêque, nécessitant une ordination, et celle de juridiction typiquement administrative, tels les chanoines, les vicaires épiscopaux, chorévèques, protonotaires… cardinaux et pape.

    Un pape n’est pas supérieur à un évêque dans la hiérarchie d’Ordre car un pape ne reçoit pas une ordination. Il est intronisé, nommé ou élu, mais n’est pas Ordonné. Il n’existe pas une ordination pour le pape.

    Les deux hiérarchies  n’interfèrent pas sauf pour le pape qui doit être évêque. Mais il a existé, pendant des siècles, des cardinaux non prêtres, n’ayant reçu aucune ordination même la plus mineure, tel le cardinal Mazarin, qui pouvaient être élus pape ! Et être consacré évêque ensuite. C’est d’ailleurs en se basant sur cette ancienne tradition que, de nos jours, le pape François va pouvoir introniser cardinal (sans les ordonner) certaines femmes.

     

    Religion et alchimie.

    Il est un fait universellement connu, c’est que les alchimistes ont souvent employé le symbolisme religieux pour parler de leurs travaux. Pourquoi ? Parce que l’éveil et l’illumination ne peuvent provenir que du créateur. Partout en tout pays, en toutes cultures la réussite de l’œuvre est liée au « Don de Dieu ». Inutile d’insister pour souligner l’importance du sacerdoce puisque l’alchimie est appelée art Sacerdotal :

    « Tous les vrais alchimistes, écrit Claude d’Ygé à la page 123 de son Assemblée des philosophes chymiques (édition 1972), d’Orient et d’Occident ont surtout employé le symbolisme religieux dans leur exposé de la doctrine, aussi bien que dans leur traité théoriques et pratiques. Il ne pouvait en être autrement, puisque l’illumination ne peut venir que de Dieu seul, et que malgré les différnces apparentes de chacune des traditions c’est toujours la saule et unique vérité, que dépend le succes du grans œuvre spirituel et physique. Pour les sages de l’Egypte, de la Chine et d’Islam l’art est un « Don de Dieu », comme pour les adeptes chrétiens. »

     

    L’étrange Melchisédech.

    La dimension mystique et initiatique des étapes du sacerdoce sont liées au prêtre roi Melchisédech qui est nommé dans la prière eucharistique de la messe Tridentine (issue du concile de Trente – 1545-1563 – d’où son nom. Cette messe était célébrée avant le concile Vatican II, donc avant 1968) :

    « Et comme il vous a plus d'accueillir les présents d'Abel le Juste, le sacrifice de notre patriarche Abraham, et celui que vous offrit Melchisédech votre grand prêtre, en signe du sacrifice parfait, regardez cette offrande avec bienveillance, acceptez-là. »

    Melchisédech ou Melki-Tsedeq, « Roi charitable », selon la traduction courante, est un personnage biblique qui apparaît très brièvement dans l’histoire d’Abraham telle que la rapporte notamment le livre de la Genèse. Dans différentes littératures il porte les titres de « roi de justice », de « roi de Salem » (Paix), de « Roi du monde »... Ce qui ne manquera pas de stimuler la verve de René Guénon.

    Revenant d’une campagne victorieuse, Abraham rencontre ce mystérieux personnage :

    « Melchisédech, roi de Salem, apporta du pain et du vin ; il était prêtre du Dieu très haut. Il prononça cette bénédiction : « Béni soit Abraham par le Dieu très haut qui créa ciel et terre, et béni soit le Dieu Très Haut qui a livré tes ennemis entre tes mains ». Et Abraham lui donna la dîme de tout. » (Genèse XIV, 18-20).

    Le nom de Melchisédech apparaît à nouveau dans le livre des Psaumes (110) :

    « Le Seigneur l'a juré dans un serment irrévocable : Tu es prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisédech. »

    L’épître aux Hébreux (5, 6) et (7, 1-3) évoque à nouveau cette figure précurseur du Christ.

    Melchisédech est généralement associé, dans le christianisme, comme le premier prêtre à mettre en place l'offrande du pain et du vin, symboles toujours utilisés aujourd'hui.

     

    Melchisédech et les ordinations

    Ce prêtre, nul ne sait comment et ou il fut ordonné car à son époque l’ordination chrétienne n’existait pas encore. En qualité de prêtre il est donc différent des prêtres qui seront ordonnée ou intronisés, bien plus tard, par l’Esprit Saint.

    Je rappelle que les premiers prêtres chrétiens ordonnés furent les apôtres du Christ, donc des millénaires après l’apparition de Melchisédech.

    Cette première consécration se déroula dans le cénacle le jour de le Pentecôte. Chacun reçut une langue de feu, ce qui n’est autre que la première consécration des évêques qui se transmettra ensuite par imposition des mains avec la phrase sacramentelle : « Reçoit le Saint Esprit ».

    « Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d'eux. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. » (Actes II,1-4)

     

    Melchisédech est donc le fondateur d’une filiation mystique distincte de la succession des évêques caractérisant la « table apostolique » débutant seulement lors de la première pentecôte.

    Telles est la raison pour laquelle l’alchimiste Von Eckartshausen, dans La nuée sur le sanctuaire, fait remarquer que le nom de Melki-Tsédeq signifie littéralement :

    « L’instructeur dans la vrai substance de vie et dans la séparation de cette véritable substance de la vie d’avec l’enveloppe destructible qui l’enferme. »

    Donc, un prêtre selon l’Ordre de Melchisédech est un séparateur de la nature pure d’avec la nature impure ; un séparateur de la substance qui contient tout, d’avec la matière destructible qui occasionne la douleur et la misère. Le sacrifice, ou ce qui a été séparé, consiste dans le pain et le vin. Pain veut dire littéralement la substance que contient tout, et vin la substance qui vivifie tout.

    Saint Anne Catherine Émerik le désigne aussi, dans ses visions, comme ayant confié le calice du sacrifice eucharistique à Abraham. Ce vase sacré ne quittera pas l’humanité et réapparaitra à la mort du Christ sous le nom de graal.

     

    Le message de Melchisédech

    Le message de Melchisédech est donc complémentaire de celui du Christ tout en le préfigurant. Cette complémentarité est de l’ordre le la mystique, plus exactement elle intègre l’ésotérisme chrétien dans le sacerdoce. Par certains aspects elle rejoint le mystère des rois Mages et de leur énigmatique étoile.

    Telle est la raison pour laquelle le prêtre Ordonné par imposition des mains (réception du Saint Esprit) puis consacré (bénédiction) selon l’Ordre de Melchisédech. Ces deux consécrations lui donnent la dimension mystique nécessaire à l’exercice de son double magistère, l’un ésotérique, l’autre exotérique.

    De ce fait l’Eglise est fortement marquée par le symbolisme ésotérique surtout alchimique.

    En alchimie l’étoile apparait à la surface du compost comme elle apparait dans le ciel des rois Mages. Elle signale le point de départ (le matin) des opérations pratiques, concrètes du Grand Œuvre alchimique au laboratoire. Il en est de même pour le prêtre.

    Revêtu de l’aube blanche (blancheur du matin) il croise sur sa poitrine (son cœur) l’étole qui n’est autre (cabalistiquement) que l’étoile qui apparaît dès le début (matin) de l’œuvre alchimique. Par ailleurs il porte sur son avant-bras gauche ce linge sacerdotal, de même couleur que l’étole, que l’on appelle manipule et qui signale sans ambages que la messe est une manipulation à l’instar des opérations qui se déroulent sur la paillasse de l’autel-laboratoire de l’alchimiste. Le laboratoire se superpose à l’oratoire illustrant ainsi un prêtre à la double consécration : celle de l’Esprit Saint de la pentecôte et celle transmise à Abraham par la bénédiction de Melchisédech.

    « En obédience rigoureuse à la même raison scientifique, l’officiant porte sur l’aube (le matin) – vêtement long et blanc – l’étole (l’étoile) qui est une bande d’étoffe croisée en X sur sa poitrine et qui de la sorte, offre la figure simplifiée du rayonnement stellaire, marquant de son scel la matière canonique.

    L’étoile apparaît, pour l’artiste, comme la certitude et le point de départ de ses opérations manuelles, et il n’en va pas autrement pour le prêtre qui, plus précisément, porte le manipule fixé à son bras gauche. Cet ornement est destiné à repeller les délicates manipulations de la sainte Messe, aboutissant à la miraculeuse transsubstantiation qui est l’image la plus exacte de la transmutation alchimique. » (Eugène Canseliet in Alchimie p 278. Editions J.J. Pauvert 1978)

     

    Les ordinations, consacrent habituellement un prêtre seulement religieux et théologien, c’est le cas de la quasi-totalité des Eglises y compris Orientales.

     

    Le magistère d’un prêtre initié.

    Si le prêtre reçoit des Ordinations accompagnées d’un enseignement ésotérique le conduisant à l’éveil (Métanoïa), dans le cadre du sacerdoce initiatique, il sera alors un prêtre initié, pleinement conscient de ce qu’il fait.

    Son magistère sera très réellement magique, dans le sens le plus noble du terme. J’entends le mot magie comme la capacité d’établir des liens avec l’âme universelle ou esprit du monde qui occupe tout espace et toutes matières. Evidemment cela exige une formation mystique solide :

    « La Magie, écrit l’alchimiste Eugène Canseliet dans un article de la revue La tour Saint-Jacques, (N°11-12, 1957, p. 176) est avant tout l’Art divin, qui consiste à prendre contact avec l’âme Universelle et, par elle, à dominer les forces spirituelles, invisibles dans l’espace comme dans la substance. Or ce pouvoir exige de l’homme l’absolue maîtrise de soi-même, le rigoureux contrôle de son psychisme et de ses facultés, en un mot, le développement de ses dons magiques à l’état latent. »

    Le prêtre religieux assumera un enseignement intellectuel et dogmatique, le prêtre initié diffusera un enseignement mystique et ésotérique permettent à toute personnes de bonne volonté d’accéder au sacerdoce initiatique.

    Pour le prêtre le magistère consistera donc à se pencher vers les autres pour leur permettre d’accéder à la spiritualité et saisir à travers cela les lois fondamentales de l’Univers. C’est la tache la plus noble de toutes qui leur permet de SERVIR. Car sans se pencher vers les autres nul ne saurait établis de contact avec l’âme Universelle. Nul alchimiste ne saurait réussir…

    Les Ordinations sont au nombre de huit et leur origine est plus ancienne que le christianisme. Elles constituent une progression qui accompagne les étapes de l’enseignement de Métanoïa. Ces étapes sont liées au développement des adeptes vers leur « éveil » et leur « libération ». Cette formation n’est donc pas d’ordre religieux, dans le sens le plus étroit du terme. C’est une éducation mystique. Bref la succession des ordinations est une véritable Métanoïa qui repose sur le message Christique initial.

     

    Avec toute mon amitié.

     

     

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