• BÉRANGER SAUNIÈRE CURÉ ALCHIMISTE

     

    BÉRANGER SAUNIÈRE CURÉ ALCHIMISTE


     

    Béranger Saunière ? Quel curé de campagne !

    Bon vivant, un pactole à ses pieds et trousseur de sa servante et à l’occasion, de la cantatrice du moment… Un épouvantail pour grenouille de bénitiers, bigots et intégristes.  Une salissure incontestable, mais incompréhensible, dans ce paysage religieux du XIXe siècle. Avait-il un esprit si affûté qu’il connaissait les dessous secrets de la religion, et ses dérives, au point de la moquer ?

    Depuis près d’un siècle il en a fait couler des fleuves d’encre de toutes les couleurs et les pages des brochures et livres écrits à son sujet s’accumulent. Un Himalaya ! N’en doutez pas, le mont sur laquelle est perché son village de Rennes le Château à son équivalent en tonnes de papier.

    En ce lieu, ou le mystère vous fait la nique, tout le monde observe et s’observe, tout le monde s’exprime tant bien que mal. En haut sur le piton il y a du monde au balcon pour crier « j’ai raison ! » ou « eurêka j’ai trouvé… » Aussi les librairies ne manquent pas pour vendre les chefs-d’œuvre du moment. C’est un vrai théâtre de boulevard qui fait chaud au cœur. Diantre ! Nous ne sommes pas dans le midi pour rien !

    La température du lieu varie en fonction des évènements, tantôt en ébullitions quand parait le livre mythique Da Vinci code et tantôt c’est l’explosion lorsque Bugarach, tout à côté est intronisé, par une bande de cinglés, haut lieu de la fin du monde. Et puis la pression retombe, tout se dégonfle, tout le monde souffle et tout le monde cherche encore sans discontinuer tandis qu’afflue du monde entier des bus bourrés de touristes en mal de mystères.

    Je ne me place pas en marge des barjos car pour chercher il faut être passionné et la passion est un grain de folie. Qu’elle s’adresse à une femme ou à une feuille de papier elle reste analogue à une poussée  hormonale qui vous comble de bonheur mais vous rend aveugle.

    A rennes-le-Château les chercheurs les plus assidus finissent souvent par devenir non-voyant par excès d’hormone, même si leur verve est toujours en action et ne se tarit jamais pour faire grandir, encore et encore, l’Himalaya de papier.

     

    Le porche de l’église du village m’a toujours intrigué par son grand triangle de céramique en flammes jaunes reproduisant le symbole du feu dans l’ancienne nomenclature chimique qui est restée celle des alchimistes.

    BÉRANGER SAUNIÈRE CURÉ ALCHIMISTE

    Porche de l’église de Rennes le Château surmonté de son triangle de feu.

    BÉRANGER SAUNIÈRE CURÉ ALCHIMISTE

    Symbole des quatre éléments selon la nomenclature De l’ancienne chimie et de l’alchimie.

    Le triangle du feu se superpose au

    Triangle jaune qui orne la toiture du porche.

    Evidemment cette seule particularité pourtant criarde, ne saurait permettre d’affirmer que notre curé fut alchimiste. Disons que cela m’a mis la puce à l’oreille sans pour cela trouver un fait significatif, un fait incontestable.

    J’ai donc attendu béatement, car je ne suis pas pressé, jusqu’au jour ou j’ai visité le petit musée, attenant à l’église, endroit quelque peu désert contenant des écrits, considérés sans grande valeur, de notre curé richissime. Il faut dire que dans ce village très particulier les textes originaux ou les objets significatifs sont soustrait du lieu par crainte qu’un hurluberlu plus intelligent que les autres découvre, grâce à eux, une piste du trésor. Alors on élimine jusqu’à transformer ce lieu payant en une visite saharienne pour gogos. C’est l’un des charmes du lieu ou personne ne cherche mais où tout le monde est à l’affut.

    BÉRANGER SAUNIÈRE CURÉ ALCHIMISTE

    La page du cahier de Béranger Saunière. On peut voir sa signature

    sous UNIVER SEL. Voir, ci-dessous, un agrandissement.

     

    En quittant cet étrange musée ma nuque se mit à vibrer. Signe qui m’est coutumier quand se présente quelque chose d’intéressant. Je ne levais pas la patte comme un chien à l’arrêt ou intéressé par la bas d’un lampadaire. Non. Je m’immobilisais, au garde-à-vous, comme tétanisé, devant une vitrine qui pouvait paraître sans grand intérêt puisque notre curé désœuvré s’était apparemment amusé à griffonner n’importe quoi sur deux pages d’un grand cahier comportant cependant la signature de notre abbé comme gage d’authenticité.

    BÉRANGER SAUNIÈRE CURÉ ALCHIMISTE

    Le mot « univer sel » avec la signature de Saunière qui confirme que cette "faute" est revendiquée.

     

    Sur la page de gauche notre ecclésiastique s’était appliqué à parfaire ses pleins et ses déliés. A la plume d’oie il avait calligraphié, en gros caractères, le mot UNIVERSEL. Ce qui m’intrigua c’était la forme inusitée en deux mots distincts : « UNIVER » suivi plus loin de « SEL ».

    Le mot SEL est manifestement  mis en évidence par cette curieuse scission du mot UNIVERSEL. Chacun sait que le « sel[1] » est l’ingrédient le plus important de la pratique alchimique et de sa fameuse triade alchimique : soufre + mercure + sel, qui n’est pas sans rapport avec les fameux trois points des Francs Maçons. Comprenez donc pourquoi je remis sur le tapis l’interrogation suivant : Béranger Saunière était-il alchimiste ? Et la page de droite alla dans ce sens.

    Elle était ornée d’une grande fleur de lys noire (qui ne connait l’œuvre au noir des alchimistes ?) aux contours doublés d’un trait fin ; tandis que de son sommet une ligne verticale s’élevait pour aboutit à une étoile à six branches ou sceau de Salomon qui n’est autre, dans la nomenclature alchimique, que le symbole de la pierre philosophale. Ce n’était pas banal, et là je ne pouvais fermer les yeux.

    BÉRANGER SAUNIÈRE CURÉ ALCHIMISTE


    La fleur de lys noire surmontée d’une étoile symbole de la pierre philosophale.

     

    Généralement cette étoile à six branches n’est pas retenue comme significative en qualité de symbole alchimique car le sceau de Salomon est l’étoile des juifs, celle que les Nazis de la guerre de 39-45 faisaient coudre sur les vêtements des hébreux pour les reconnaitre et puis hélas les anéantir dans la cruauté la plus atroce.

    Une chose est incontestable : La fleur de lys est, en notre pays, Le symbole royal. Et tout le monde sait que notre turbulent curé était royaliste. Il manifestait son opinion tambour battant jusques en  chaire, ce qui lui valut d’être exilé, un temps, au séminaire de Narbonne.

    Cette fleur n’est-elle que la manifestation de son choix politique ? Peut-être, mais alors, pourquoi la couleur noire et son lien avec l’étoile qui est au-dessus, comme si l’un était lié à l’autre, si ce n’est pour affirmer la dimension alchimique de son dessein ?

    Comment ne pas faire le lien avec ce vitrail alchimique qui se trouvait près de la sacristie de l’ancienne église Saint-Jean à Rouen.

    « Ce vitrail figurait, nous dit Fulcanelli en son Mystère des cathédrales (les éditions étant multiple et paginées différemment… voir l’index à « Etoile et conception »), la conception de saint Romain.

    Son père, Benoit, conseiller de Clotaire II, et sa mère Félicité, étaient couchés dans un lit,  entièrement nus, selon l’usage qui dura jusqu’au milieu du XVIe siècle. La conception étant figurée par une étoile qui brillait sur la couverture en contact avec le ventre de la femme… »

    Il existe une voie alchimique, chère à Irénée Philalèthe et à Isaac Newton, qui fut pratiquée par Fulcanelli et qui est décrite abondement dans ses ouvrages Le mystère des Cathédrales et Les demeures philosophales, c’est la voie dite du régule étoilé. Le régule c’est l’étoile Regulus de la constellation du Lion. C’est l’une des quatre « étoiles royales » des Perses, il y a environ 5 000 ans, et qui  constitue aujourd'hui avec Arcturus  (constellation du Bouvier) et Spica (constellation de la Vierge) le triangle du printemps. Et chacun sait que le printemps est la date favorite des alchimistes pour commencer leurs travaux.

    Régule, Régulus… c’est toujours le petit roi, qui ne saurait être mieux représenté par une fleur de lys (seule, les multiples fleurs de lys sont pour le blason du roi). Quant à l’étoile conduisant à la pierre philosophale, et qui se manifeste à la surface du creuset, et donc au dessus de l’enfant roi (voir la citation précédente de la naissance de Saint Romain), elle ne saurait être mieux représentée par le sceau de Salomon symbole de la pierre philosophale.

    Cela m’a semblé des plus évident car notre curé, frais émoulu du séminaire, fut vicaire à Alet les bains, cet ancien évêché dont le curé, son supérieur, n’était autre qu’un érudit : l’abbé Lasserre lequel fut informé de bien des mystères, comme le montre sa brochure sur Notre-Dame de Marceille. Evidemment les archives de l’ancien évêché ne lui furent pas étrangères.

    Cet ancien évêché s’enorgueilli d’avoir eu à sa tête Mgr Nicolas Pavillon, ami de l’alchimiste Vincent Depaul (sic) dont on peut admirer les ostensoirs très particuliers. En effet leur habitacle recevant l’hostie n’est pas circulaire, comme à l’accoutumée, mais en forme d’hexagramme inscrivant un sceau de Salomon. Faut-il s’étonner si les vitraux de la cathédrale saint André sont en forme de sceau de Salomon ?

    BÉRANGER SAUNIÈRE CURÉ ALCHIMISTE

    Vitrail, en étoile, de l’église saint André, ancienne cathédrale de Mgr Nicolas Pavillon, d’Alet-les-bains.

     

    Cette étoile est omniprésente dans le Razès on la trouve aussi bien sculptée sur un avant solier d’une maison d’Alet-les-bain, à une centaine de mètres de la cathédrale, que dans l’église saint Martin de Limoux ou les vitraux sont aussi en forme d’étoile à six branches.

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    Sceau de Salomon sur l’avant-solier d’une maison d’Alet-le-bains.

     

    BÉRANGER SAUNIÈRE CURÉ ALCHIMISTE

    Blason d’un évêque alchimiste à Limoux (église saint Martin)

    Soleil, lune et les trois corps dans le creuset.

    Evidemment là encore les historiens peuvent rétorques qu’il s’agit de là mise en évidence des racines judéo-chrétiennes de l’Eglise. Cette opinion étant battue en brèche par les égyptologues qui affirment que nous somme égypto-chrétiens. Béranger Saunière le savait-il ? Les vieilles habitudes encroutent, et tuent, tous ceux qui ne remettent jamais en cause les axiomes…

    Malgré ces correspondances troublantes, il manquait encore un élément flagrant pour confirmer que notre curé était alchimiste.

    Et cet élément je l’ai trouvé sous le porche de l’église. En fait il fallait s’y attendre si le beau triangle flamboyant avait, très réellement, un sens alchimique en signalant que l’église était la demeure d’un philosophe par le feu (nom donné aux alchimistes car leur feu est particulier et généralement tenu secret) il se devait donc d’y avoir, à cet endroit, des renseignements supplémentaires.

    BÉRANGER SAUNIÈRE CURÉ ALCHIMISTE

    Clé de voûte de la porte de l’église de Rennes le Château. Elle porte le blason

    Du pape Léon XIII avec sa devise Lumen in cœlo, lumière dans le ciel.

     

    L’anomalie qui se présente ici c’est la présence du blason d’un pape particulier alors qu’il devrait y avoir les armes génériques de la fonction, comme dans la cathédrale de Narbonne, ou se trouve uniquement la tiare et les clés de saint Pierre. Il est vrai que Léon XIII était membre de l’Académie des Arcade qui fleurait l’alchimie… Dans ce cas le blason est en adéquation avec le triangle de feu. Encore un clin d’œil ?

    La présence de la devise, qui n’a aucune raison d’être là si ce n’est pour spécifier quelque chose de précis, est vraiment mise en évidence. En d’autre terme elle est une clé (comme la clé de voute qui la supporte) pour saisir le message de notre curé.

    Je n’avais pas appréhendé complètement le sens de ces quelques mots latins jusqu’au jour où, en parcourant un petit ouvrage de l’alchimiste Grillot de Givry (1874-1929), je lu ce passage sur le feu alchimique, de son Grand Œuvre :

    « Il est l’influx astral, l’éclair cœligène jaillissant de la nue sur l’athanor. » p. 26, Editions Traditionnelles, 1978.

    L’athanor c’est le « fourneau » des alchimistes. Dans ce « fourneau » la pierre philosophale est en préparation. Mais le plus important n’est pas là. C’est cet « influx astral, cet éclair coeligène qui jaillit de la nue ». C’est le feu secret, et sacré, imagé  par le grand triangle jaune du porche qui pointe vers les cieux… LUMEN IN CŒLO  se superpose exactement à l’éclair cœligène (éclair généré par le ciel). Est-il nécessaire de poursuivre ?

    BÉRANGER SAUNIÈRE CURÉ ALCHIMISTE

    Cahier de Béranger Saunière représentant « l’éclair cœligène » descendant des nues universelles vers l’enfant royal représenté par la fleur de lys. Cette descente de l’esprit astral se superpose au triangle de feu jaune qui orne le porche de l’église.

     

    L’inscription qui court sur le cintre, au-dessus de la porte, confirme ce que dit le blason, en clé de voûte:

    « Hic domus Deil est et porta coeli. », ici est la maison de Dieu et la porte du ciel.

    Cette porte est, comme nous venons de le voir, une porte que « l’éclair cœligène » permet d’ouvrir pour entrer dans la maison de dieu. Nous avons là toute la transcendance de l’alchimie. C’est entrer dans le sacré, dans la maison de Dieu. Ceux qui ne sont pas prêts, et tripatouillent au laboratoire, ne peuvent que rencontrer le diable derrière la porte que l’on ne peut vaincre que par le signe de croix, c’est-à-dire le creuset[2]… Belle leçon de Béranger qui, à n’en pas douter, fraternisait avec l’athanor.

    Y a-t-il de l’or ? Peut être bien que oui, peut-être bien que non ! mais quand est découverte la puissance astrale l’or pâlit, s’estompe et disparaît, au profit de la bonté et de la vérité.

    Avec toute mon amitié.

     

     


    [1] Le sel alchimique n’est par le chlorure de sodium utilisé pour la cuisine. La seule analogie avec le contenu d’une salière est la couleur blanche de la substance cristallisée.

    [2] Le mot creuset provient de croix car dans la basse latinité, crucibulum, creuset, a pour racine crux, crucis, croix.

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